L’exposition « Empreintes du pastoralisme », présentée à la Maison du site UNESCO Causses et Cévennes jusqu’au 26 juin, restitue les travaux de recherche menés par Anouk Fraisse, Emmanuel Artus, étudiants à l’Institut Agro Montpellier, et Amila Slijepcevic de l’Université de Sarajevo. Dans le cadre de leur stage de fin d’études, ils ont étudié les systèmes agropastoraux du canton de Livno, en Bosnie-Herzégovine, à travers un diagnostic agraire fondé sur l’analyse des paysages, des pratiques agricoles et des réalités socio-économiques locales.
Durant près de quatre mois, les chercheurs ont rencontré habitants, éleveurs, élus et acteurs locaux, réalisant une centaine d’entretiens et visitant de nombreuses exploitations. Leur étude met en évidence la coexistence de plusieurs formes de pastoralisme : des fermes familiales traditionnelles, des exploitations de taille moyenne et de vastes structures intensives issues des anciennes fermes d’État yougoslaves. Ces dernières, souvent reprises par des investisseurs croates après la guerre, pratiquent un élevage de grande ampleur sur des espaces clôturés, contrastant fortement avec les petites exploitations locales.
Les chercheurs décrivent également les paysages caractéristiques du canton 10, composés de poljès — grandes plaines naturelles situées en altitude — entourés de plateaux karstiques semblables aux Causses lozériens. L’activité pastorale suit un cycle saisonnier précis : pâturage estival sur les plateaux, retour dans les poljès à l’automne, hivernage en bâtiment puis reprise du pâturage au printemps.
L’étude souligne toutefois le déclin progressif du pastoralisme traditionnel. Les petites fermes disparaissent peu à peu, faute de rentabilité et de renouvellement des générations. Le métier de berger souffre d’une image dévalorisée et de conditions de travail difficiles, entraînant une pénurie de main-d’œuvre. La transhumance et les modes de vie semi-nomades tendent également à disparaître, tandis que les cultures fourragères intensives remplacent progressivement les prairies naturelles.
Les conséquences de la guerre de Bosnie restent très visibles dans cette région : départ massif des populations, abandon des terres agricoles et enfrichement des paysages, augmentant notamment les risques d’incendie. Malgré ces difficultés, les autorités locales réfléchissent aujourd’hui à des solutions pour préserver ce patrimoine agropastoral, notamment par une meilleure valorisation de la transhumance et du métier de berger.
À travers cette exposition photographique, les auteurs souhaitent sensibiliser le public à l’avenir de ces territoires ruraux et ouvrir une réflexion sur la place du pastoralisme dans les sociétés contemporaines.


